Étangs protégés… mais qui protège les pisciculteurs ?

avril 2026

Erik Bernard, président du SYPOVE, propriétaire de l’étang de la Madoire à Saint-Sauveur (Bressuire)

Présents dans nos paysages depuis des siècles, les étangs piscicoles sont désormais pris en étau entre réglementation, prédateurs et pertes économiques. Derrière l’eau calme des étangs, c’est toute une filière qui se bat pour survivre.

Une tradition piscicole ancrée dans l’histoire

La pisciculture en étangs s’est développée dès le Moyen Âge. La France compte aujourd’hui environ 120 000 étangs, représentant 112 000 hectares d’eau et près de 50 000 gestionnaires. Environ 61 % de ces surfaces sont consacrées à une pisciculture extensive à vocation alimentaire, le reste étant dédié à la pêche de loisir. L’activité repose sur la productivité naturelle des écosystèmes. Carpes, gardons, brochets, sandres, perches… se nourrissent de la chaîne alimentaire du bassin. Cette pisciculture d’étangs peut être une activité principale, patrimoniale avec une vidange annuelle entre novembre et février pour un revenu complémentaire, ou familiale pour l’autoconsommation.

Une production en chute libre

Il y a 20 ans, les étangs français produisaient près de 12 000 tonnes de poissons alimentaires. Aujourd’hui, la production est tombée à environ 2 800 tonnes. Cette baisse spectaculaire s’explique par la faible rentabilité de l’activité, le vieillissement des gestionnaires, mais aussi les prédateurs de plus en plus nombreux. Alors que la France comptait environ 3 000 cormorans il y a 30 ans, la LPO en recense aujourd’hui près de 140 000, sans compter les populations sédentarisées. Dans le nord des Deux-Sèvres, les dégâts sont considérables. « Autour de mon étang, pas moins de 45 nids sont visibles. Le préjudice atteint près de 35 000 euros par an. » Erik Bernard est l’un des rares pisciculteurs à avoir porté plainte contre l’État.

Réglementation et continuité écologique

Depuis la loi sur l’eau de 1992 et la reconnaissance de l’eau comme patrimoine commun de la nation en 2009, les contraintes se sont multipliées : déclarations obligatoires (sauf étangs de moins de 1 000 m²), contrôles, débats autour de la continuité écologique. Les professionnels rappellent pourtant que les étangs jouent un rôle essentiel : amortisseurs de crues, réserves d’eau et refuges de biodiversité, alors même qu’aucun nouvel étang, moulin ou barrage n’a été créé depuis 40 ans.

Un enjeu de souveraineté alimentaire

Aujourd’hui, la France importe près de 80 % de ses poissons d’eau douce, principalement d’Europe centrale, du Canada ou d’Afrique. Un paradoxe à l’heure où circuits courts et souveraineté alimentaire sont érigés en priorités. Localement, l’impasse économique est lourde. « Près d’un million d’euros de pertes annuelles sont estimés sur le nord Deux-Sèvres. »

Une filière qui refuse de disparaître

Le SYPOVE, syndicat regroupant près de 300 professionnels en Poitou-Charentes et en Vendée, se mobilise pour défendre cette activité ancestrale. En mars 2025, sous son impulsion, le terme « étang piscicole » a enfin été reconnu juridiquement. Une avancée symbolique, renforcée par la reconnaissance récente de certains sites, comme l’étang de Verruyes, en tant qu’étang fondé en titre, qui de fait, bénéficie d’un droit d’eau historique et perpétuel.

Derrière ces combats, toute une économie locale de transformation et de commercialisation de proximité est en jeu, mais aussi un patrimoine vivant qu’il serait risqué de laisser s’éteindre.

Interview réalisée le 29 janvier 2026.

Infos : www.sypove.fr

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